420                         Les Spectacles de la Foire.
un coup d'épée à la main; qu'il les a amenés en notre hôtel pour être par nous ordonné.
Signé : Chavonnet.
Eft auffi comparu fleur Jean-Baptifte Martin de la Salle, bourgeois de Paris, y demeurant à l'abbaye St-Germain-des-Prés : Lequel nous adit qué l'après-midi dernier, fur les cinq heures, le comparant fut dans la loge de la demoi-ielle Lafrance, actrice du fleur Nicolet, pour lui porter des nœuds qu'elle lui avoit demandés ; qu'il y trouva le fleur Talon, acteur dudit fleur Nicolet. Que le comparant dit audit fleur Talon qu'il étoit fort aife de le trouver là er le pria très-honnêtement de vouloir bien ne point faire des injures à ladite Lafrance ni la pincer aux bras et aux jambes comme il avoit coutume de le faire lorfqu'il étoit fur la fcène. A quoi ledit Talon lui répondit avec un ris moqueur tout à fait infolent et en regardant le comparant par-deffus l'épaule par des hein, des quoi, des qui eft-ce et des plaît-il. Que Ie plaignant dit une féconde fois en ces termes : « Monfieur Talon, je vous prie, lorfque vous vous trouverez avec mademoifelle Lafrance, de ne point Ia pincer et la meurtrir comme vous l'avez fait jufqu'à préfent. » Et que ledit Talon continua toujours fur un ton de perfiflage {es rires moqueurs et impertinens, et fés hein, quoi, qui eft-ce, plaît-il. Que le plaignant lui annonça que puifqu'il fe comportoit ainfi, la première fois qu'il s'apercevroit que ladite Lafrance auroit été pincée ou meurtrie, ce feroit à lui plaignant qu'il auroit affaire. Qu'alois lui plai­gnant fe fentit piqué des mauvais propos et du mauvais ton infolent que lui tenoit ledit Talon qui, en regardant par-deffus fon épaule le comparant, lui tenoit toujours le méme langage ; Ie plaignant ne put fe retenir et donna une chiquenaude audit Talon fur Ie nez, ledit Talon mit auffltôt la main fur fon épée et,fit le commencement de la tirer, mais en fut empêché par un maga-finier qui fe trouvoit pour lors dans la loge de ladite Lafrance et qui repoufla ledit Talon hors de la loge. Qu'on a averti à Pinftant le fleur Amblard, officier de la garde, qui. s'eft préfenté au plaignant dans la loge de ladite demoifelle Lafrance pour tâcher d'arranger cette affaire. Qu'après qu'il en fut jnftruit, il dit au plaignant qu'il parleroit audit Talon et qu'il falloit remettre après le jeu pour arranger cette affaire (i). Que le plaignant refta pour lors dans la loge dé la demoifelle Lafrance et en fortit un quart d'heure après, mais qu'étant fur Ie théâtre et ledit Talon l'ayant vu fortir de ladite loge, ce dernier a, fur-le-champ, tiré fon épée et a pourfuivi le plaignant avec fureur et lui a porté un coup d'épée fur le deffus de la main droite au-deffus du petit doigt, ainfl qu'il nous eft apparu par la piqûre qui-y eft encore, et iqu'heureufement le plaignant a pris une autre coulifle que celle où ledit Talon entroit pour, lui porter ce coup d'épée, fans quoi il l'eût bleffé bien plus dangereufement. Que le plaignant a appris qu'avant que ledit fleur
(j) On Jouait ce soir-tà aux Granda-Da-scurs du Roi : la Folie par amour, ou la Tarentule; le Château aitiégé, pantomime ; U Prétendu tant le savoir; la ÎVo« hollandaise.